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Enquête : le réseau de gestion des déchets à Saint Domingue

02.09.2017 Fondation

 

« Le port militaire de Saint Domingue est situé à l’endroit où les deux rivières de la ville se jettent dans l’océans, explique Camille Rollin. Lors de fortes pluies, nous avons très rapidement constaté que le nombres de déchets affluant vers la mer augmentait considérablement. » Il n’en fallait pas moins pour qu’une partie de l’équipe parte sur la rivière Ozama afin de remonter le courant pour mener son enquête. Après à peine 10 minutes de navigation sur une petite embarcation, la rivière passe en plein cœur de la ville de Saint-Domingue où vit 75% de la population sur un quart du territoire. Comme une sorte de bidonville, des maisons en taule semblent flotter sur l’eau entre les amas de déchets. Les poules et les cochons déambulent sur les tas d’ordures en quête de nourriture. Au milieu de ce décor accablant, des enfants s’amusent. « Les gens se lavent, se baignent et pêchent dans cette eau devenue opaque. Ne connaissant pas les effets dévastateurs d’un tel geste, ils y jettent chaque jour leurs déchets », raconte Camille Rollin. « Certains villages perchés en haut de falaise ont littéralement recouvert la roche de leurs détritus jusqu’à la rivière ». Mais le pire restait à venir. La décision a été prise de faire demi-tour au moment où des bulles sont apparues à la surface de l’eau. « Nous avons d’abord pensé à du méthane qui est produit par la décomposition des déchets organiques. Puis l’eau s’est véritablement mise à bouillir, et une forte odeur de soufre a envahi nos narines. Seul le déversement de produits chimiques peut créer ce genre de réaction…».

 

 

 

 

Échanges avec des ONG locales

Dans les années 2000, avec l’aide de fonds européens un projet a été lancé afin d’assainir la rivière et les villages environnants. Pour ce faire, AFUNSAREC (Association de Fondations communautaires pour l’assainissement et le recyclage) est créée afin de nettoyer la zone, d’organiser la collecte et de sensibiliser les populations. Un travail en étroite collaboration avec les municipalités locales, responsables de la gestion des déchets. « Ces organisations ont clairement un manque de moyens et font du mieux qu’elles peuvent pour que la majorité des déchets ne terminent pas dans l’eau mais à la déchetterie. Ils parviennent à envoyer une certaine partie en recyclage. Rien ne les y oblige mais ils le font car ils sont conscients des bienfaits environnementaux », témoigne Camille Rollin.

Avec l’envie d’en savoir plus, les membres de l’Odyssée Race for Water ont également rencontré Giny Heinsen. Auxiliaire de la marine, elle s’implique depuis de nombreuses années en tant que consultante en environnement pour le programme Sustainabilidad 3R. Engagée auprès des collecteurs de rue, des entreprises, des écoles et des gouvernements pour sensibiliser au tri et à la gestion des déchets elle est connue de tous. « Grâce à Ginny, nous avons pu remonter toute la chaîne de réseau du déchet plastique », dit Camille.

  

  

 

Décharge – collecte – tri – recyclage

La décharge de Saint Domingue, appelée Duquesa, regroupe 80% des déchets solides de Saint-Domingue. 420 camions poubelles y déversent chaque jour leurs lots de déchets carniers, ménagers et industriels, sans parler des eaux usées qui terminent également dans la décharge. Au cœur de ces montagnes d’ordures, 900 collecteurs appelés « busos » (« plongeurs ») travaillent dans des conditions inhumaines. Devenus des experts du recyclage, leurs connaissances sont précieuses : des amas de déchets plastiques, ils reconnaissent sans hésitation le polyéthylène, le polypropylène et le PET, seuls types de plastique ayant de petits débouchés dans la région.

« Les busos récupèrent ce qu’ils peuvent afin de les vendre aux gérant de la décharge qui ont monté une association dans le but de bénéficier d’un marché juteux puisqu’ils me revendent au prix fort la matière récupérée à bas prix... », témoigne Jorge Rizek, grossiste entrepreneur. Après ce premier tri dans la décharge, les grossistes nettoient, déchiquètent et trient le plastique par couleurs « Il nous est possible de préparer jusqu’à trois tonnes de déchets par jour avec moins de 10 personnes mais nous dépendons fortement de la quantité que nous parvenons à récupérer de la Duquesa», explique le grossiste. La matière est ensuite exportée à l’étranger ou revendue localement à des entreprises de recyclage comme Frankenberg également visitée en compagnie de Ginny Heinsen. Dans cette usine de recyclage, mobilier de jardin et produits ménagers sont uniquement fabriqués à partir de plastique recyclé ! Un cercle vertueux puisque le produit recyclé est à priori recyclable !

En plus de la Duquesa, les rues de Saint Domingue ont leur propre réseau de recyclage avec des points de collectes qui récupèrent plus facilement le métal, l’aluminium et le carton. « La filière du plastique recyclé est très difficile. Le prix du PET s’est par exemple effondré en un an avec la chute du pétrole et la fermeture de certains débouchés en Chine » explique Jadame Gonzalez, responsable d’un point de collecte en ville qui récupère chaque mois 2 à 3 tonnes de déchets plastiques ramassés par les collecteurs de rues de la capitale.

Un réseau en place qui pourrait évoluer, s’améliorer grâce à des technologies de valorisation énergétique comme celle proposée par la Fondation qui ouvre de nouvelles perspectives de gestion locale tant au niveau du traitement des déchets plastiques que de la création de valeur et de la production d’énergie.

Vidéo reportage de Peter Charaf

 

La Duchesa plus grande décharge de Saint Domingue

 

 

Tri et préparation de la matière chez les grossistes

Points de collecte à Saint Domingue

 

Recyclage chez Frankenberg